Patrick Drahi n’est jamais meilleur que dans une crise sans issue apparente. Après l’arrestation de son fidèle associé Armando Pereira, en juillet 2023, la dette accumulée par Altice semblait insurmontable. Et pourtant ! Dix-huit mois plus tard, Patrick Drahi est parvenu à arracher un accord pour restructurer le capital d’Altice France. Non seulement l’opération ne lui coute pas un sou, mais il conserve le contrôle de la filiale propriétaire de l’opérateur SFR.

L’arrestation d’Armando Pereira pour des faits présumés de malversations n’est pas seulement un scandale qui a déstabilisé Altice, mais aussi un coup dur pour Patrick Drahi, qui se disait « trahi et trompé » par un ami de trente ans. Alors que sa petite entreprise Sogetrel travaille avec France Télécom depuis quelques années, Pereira rencontre Drahi en 1991, et devient sous-traitant dans l’installation du câble. Les deux hommes fondent Altice en 2002.
Pendant une dizaine d’années, ils vont allier la maitrise technique et la réduction des couts pour transformer un réseau de petits opérateurs locaux en meilleur concurrent de l’opérateur historique. Après avoir pris du champ, et s’être empêtré dans des montages financiers pour cacher qu’il était propriétaire du principal installateur de connexions SFR, Pereira est régulièrement rappelé par Drahi pour régler les problèmes de l’opérateur.
Il prend une première fois la direction générale de SFR en 2017, pour accélérer le déploiement de la fibre optique, puis une nouvelle fois en 2022, pour secouer la direction de l’entreprise. Entretemps, SFR est devenu un opérateur malade, qui perd des dizaines de milliers de clients chaque trimestre. L’arrestation de Pereira semble signer le coup d’arrêt d’une restructuration d’autant plus difficile que l’opérateur était plombé par une dette colossale.
Drahi avait déclenché l’ire de ses créditeurs en sous-entendant qu’il ne pourrait peut-être pas les rembourser en totalité. Plus de 150 d’entre eux, représentant 80 % de la dette sécurisée d’Altice France, s’étaient alors ligués pour réclamer leur dû. Le coup de bluff de la 17e fortune française a fait effet : moins d’un an plus tard, les prêteurs ont accepté d’échanger 8,6 milliards d’euros de dette contre 45 % du capital de SFR. BlackRock, Fidelity et d’autres fonds d’investissements américains ont ainsi accepté que Drahi garde le contrôleur de l’opérateur au carré rouge.
Pour ne rien gâcher, l’opération ne va pas lui couter un sou, puisque l’indemnité de 2 milliards de dollars est prélevée sur le produit de la vente d’Altice Media à l’armateur CMA-CGM et des data centers de l’entreprise à Morgan Stanley. Le remboursement du reste de la dette, 15 milliards d’euros, est rééchelonné jusqu’en 2033. Le taux est un peu plus élevé, mais le niveau d’endettement de SFR revient dans des limites soutenables, suffisamment pour qu’un concurrent puisse avoir l’idée de faire une offre d’achat. Autrement dit : les créanciers de Drahi ont accepté de perdre un peu d’argent maintenant en espérant en récupérer beaucoup plus tard.